La nuit noire de l’âme

Il y a des moments dans nos vies où Dieu nous laisse vivre “à l’ombre de sa main,” comme le dit Isaïe dans Isaïe 49:2. On vit dans l’obscurité. Dans Genèse 15, Dieu parle à Abraham dans une vision et lui promet de lui donner un fils et une terre à posséder. Pour confirmer cette parole, la Bible nous dit dans Genèse 15:12,13: « Au coucher du soleil, Abram tomba dans un profond sommeil, et une obscurité épaisse et effrayante s’abattit sur lui.” Abraham vivait dans les ténèbres. Ce qui est intéressant, c’est qu’Abraham était un homme qui aimait Dieu et le servait de tout son cœur. De la même manière, en tant que disciples du Christ, nous connaîtrons tous cette obscurité à un moment donné. Un jour, nous nous réveillerons et nous nous rendrons compte que tous nos sentiments pour Dieu ont disparu. On prie et on a l’impression que rien ne se passe. On lit la Bible et on comprend les mots avec notre esprit, mais pas avec notre âme. Saint Jean de la Croix appelait ça “la nuit obscure de l’âme.” A.W. Tozer appelait ça “le ministère de la nuit.” C.H. Spurgeon prêchait sur “l’enfant de lumière marchant dans les ténèbres.” Ce n’est pas l’obscurité du mal, du péché, de la culpabilité ou de l’oppression démoniaque, mais plutôt un sentiment inexplicable de perte et d’incertitude. C’est avant tout un sentiment de retrait de la présence de Dieu. On peut se retrouver à vivre dans la peur, l’inquiétude et un manque de paix intérieure. Que faire pour sortir de cette obscurité? La réponse pourrait être surprenante. On attend. Oswald Chambers a écrit un jour: “Quand Dieu nous donne une vision et que l’obscurité s’ensuit, attendez.” C’est tout. Pas de plan en trois étapes. Pas de calendrier. Pas d’explication. Juste : attendez. Les périodes d’attente sont difficiles. Il y a l’attente d’un couple sans enfant qui veut désespérément fonder une famille, mais jour après jour, semaine après semaine, leur prière reste sans réponse. Il y a l’attente de quelqu’un qui aspire à avoir un travail significatif et important, mais qui ne se concrétise pas. Il y a l’attente de quelqu’un qui attend la guérison d’une maladie incurable. Il y a l’attente d’un conjoint piégé dans un mariage douloureux qui semble impossible à changer. Il y a l’attente du retour d’un enfant prodigue vers le Seigneur. Il y a l’attente d’un soulagement de la dépression et de l’anxiété. On passe la majeure partie de notre vie à attendre. Il y a des moments où on atteint un point de rupture alors qu’on attend une réponse à une prière. On a l’impression que la réponse ne viendra jamais. On se demande si Dieu est vraiment conscient de notre situation et s’il s’en soucie vraiment. On veut une réponse rapide, une solution rapide, une réponse instantanée à notre prière. Quelqu’un a écrit un jour: « Après la souffrance, l’attente est peut-être le meilleur professeur et formateur en matière de piété, de maturité et de spiritualité authentique que la plupart d’entre nous rencontrons jamais.” C’est pourquoi l’attente est la plus haute expression de notre foi. Abraham reçoit une promesse, puis attend pendant des décennies. Joseph reçoit un rêve, puis se retrouve dans une fosse et une prison. Les disciples reçoivent la grande mission, puis on leur dit d’attendre à Jérusalem. Saint Jean de la Croix avait une vision rare sur la façon de traverser cette “nuit obscure de l’âme.” Il a dit: “La manière dont ils doivent se comporter pendant cette nuit n’est pas de se consacrer à la réflexion et à la méditation, car ce n’est pas le moment pour cela, mais de permettre à l’âme de rester dans la paix et le calme, même s’il leur semble évident qu’ils ne font rien et qu’ils perdent leur temps, et même s’il leur semble que c’est à cause de leur faiblesse qu’ils n’ont envie de penser à rien. En fait, ils feront tout ce qu’il faut s’ils ont la patience et persévèrent dans la prière sans faire d’efforts. » On ne peut rien faire pour sortir de l’obscurité si c’est Dieu qui nous y a mis. C’est pour ça que toutes nos solutions habituelles échouent, que tous nos conseillers ne peuvent pas nous donner de réponse et que toutes nos tentatives frustrées finissent par s’épuiser. Les ténèbres de Dieu sont données par Lui, et elles ne se dissiperont pas tant qu’elles n’auront pas accompli leur œuvre dans notre âme. Elisabeth Elliot a dit: “Attendre Dieu exige d’être prêt à supporter l’incertitude, à porter en soi la question sans réponse, à élever son cœur vers Dieu à ce sujet chaque fois qu’elle s’immisce dans ses pensées.” Peu importe comment on se sent aujourd’hui, Dieu reste Dieu et on peut lui faire confiance. Ésaïe 50:10 parle directement de la nuit noire: “Que celui qui marche dans l’obscurité, qui n’a pas de lumière, se confie dans le nom du Seigneur et s’appuie sur son Dieu.”
