Le pouvoir de l’écoute

Nous avons tous déjà vécu ça. Que ce soit debout ou assis dans un cercle de prière, on fait part de notre demande de prière et il y a toujours quelqu’un qui ressent immédiatement le besoin de régler notre problème avant même qu’on ait prié. Cette personne va utiliser la phrase: “Pourquoi tu ne fais pas simplement.” Par exemple, on dit, en formulant une intention de prière: « J’ai des problèmes au travail” et cette personne répond: « Pourquoi tu ne cherches pas simplement un nouveau boulot?” On dit: « Je n’aime pas le propriétaire de la maison qu’on loue” et cette personne répond: “Pourquoi tu ne déménages pas, tout simplement?” On dit: « Mon copain/ma copine se comporte comme un idiot” et cette personne répond: “Pourquoi tu ne romps pas avec lui/elle?” Bon, comme si on n’y avait pas pensé. Et puis il y a cette personne qui va toujours partager sa propre expérience sur ce qu’on est en train de vivre. On dit: “Je vais me faire opérer du dos vendredi,” et ils répondent: “Eh bien, je me souviens quand mon oncle Bobby a subi la même opération que toi et qu’il est mort.” On dit: « Je traverse une période de dépression,” et ils répondent: “J’ai traversé une période de dépression et j’avais vraiment du mal à aller travailler.” Bon, merci pour tes encouragements. Et puis il y a cette personne qui nous sort des clichés bibliques en pensant que ça va résoudre tous nos problèmes, en disant par exemple: “Tout concourt au bien,” ou “Dieu ne te donnera pas plus que ce que tu peux supporter.” Ou alors, ils utilisent du jargon spirituel comme “Aie simplement la foi, mon frère,” ou “remets-le simplement au Seigneur.” Bon, ça semble assez évident. Presque toujours, ce qu’on attend des gens quand on leur demande de prier pour nous, c’est qu’ils nous écoutent, qu’ils nous montrent qu’ils se soucient de nous, qu’ils soient présents quand on en a besoin et, enfin, qu’ils prient. Si on nous le demandait, la plupart d’entre nous répondraient que les personnes qui comptent le plus pour nous ne sont pas celles qui nous ont donné plein de conseils ou de solutions à nos problèmes, mais plutôt celles qui ont partagé notre douleur et nos blessures en étant physiquement à nos côtés. C’est ce qu’on appelle le ministère de la présence. La personne qui reste à nos côtés en silence, sans donner l’impression de tout savoir ou d’avoir toutes les réponses, mais simplement en étant là. La personne qui n’a pas besoin de se débattre avec le “pourquoi” pendant nos moments de souffrance et de douleur, mais qui peut exprimer sa compassion en nous prenant dans ses bras ou en priant avec nous, et en restant à nos côtés sans nous juger ni nous rabaisser pour nos émotions ou nos sentiments. Henri Nouwen a écrit: “Un guérisseur blessé est quelqu’un qui peut écouter une personne qui souffre sans avoir à parler de ses propres blessures.” Il poursuit: “Nous devons avoir confiance que nos propres blessures pansées nous permettront d’écouter les autres de tout notre être – c’est cela, la guérison.” Parler de nos propres blessures est rarement utile à quelqu’un qui souffre émotionnellement. Il vaut toujours mieux laisser quelqu’un partager sa propre souffrance, plutôt que d’intervenir et de partager la nôtre. Lorsque nous essayons d’aider quelqu’un qui souffre, rappelons-nous que plus la douleur est profonde, plus nous devons écouter. Jacques 1:19: “Mes chers frères et sœurs, retenez ceci : que chacun soit prompt à écouter, lent à parler.” Les gens se moquent de ce que tu sais tant qu’ils ne savent pas que tu t’intéresses à eux, et ils savent que tu t’intéresses à eux quand tu les écoutes. On ne doit donner des conseils que lorsqu’on nous le demande. Proposer des clichés ou des réponses faciles peut donner à une personne le sentiment de ne pas être entendue, de ne pas être vue et de se sentir encore plus seule. On doit laisser la personne vivre sa douleur. On ne doit jamais laisser entendre qu’elle est responsable, ni raconter des histoires de gens qui ont vécu pire, ni juger la validité de sa perte. Souvent, on ne sait pas comment aider quelqu’un qui a vécu une tragédie. On ne sait pas quoi dire. Certaines personnes essaient même de rester à l’écart de quelqu’un en crise parce qu’elles ont peur de dire quelque chose de mal. En réalité, on n’a pas besoin de dire quoi que ce soit. On ne peut pas faire disparaître la douleur des gens par la parole. C’est pourquoi, pendant que la personne partage sa souffrance, on prie pour trouver le bon moment pour parler et pour savoir quoi dire. Ce genre d’engagement prend du temps. On ne peut pas précipiter le processus. Ça demande une personne très mûre et un véritable ami. Si on veut être ce genre d’ami, alors on doit être prêt à faire des sacrifices pour pouvoir offrir aux gens notre amour, notre attention et notre présence — autant qu’ils en ont besoin.
